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Tribune - Ne laissez pas mourir vos artistes !
Tribune – Ne laissez pas mourir vos artistes !

Tribune – Ne laissez pas mourir vos artistes !

Depuis fin octobre, le rideau s’est baissé. Et parfois, définitivement. Opéras, théâtres, musées, galeries d’art : circulez, il n’y a plus rien à voir ! Les librairies sont fermées. Les conservatoires ? Portes closes. Les violons se sont tus. Les caméras des réalisateurs sont éteintes. Sans un mot, un monde est en train de mourir, condamné à rejoindre la longue liste des activités et commerces « non-essentiels ».

Cette agonie silencieuse touche tous les artistes : musiciens, écrivains, artisans d’art, comédiens, metteurs en scène, réalisateurs, costumiers, scénographes, chanteurs, danseurs, peintres et sculpteurs. Et au même titre, ceux qui assurent leur libre expression : producteurs, salles de spectacle, billetteries, techniciens, imprimeurs, éditeurs, cadreurs et régisseurs.

Privés de scène, de public ou de diffusion, les artistes sont désormais une espèce vouée à la disparition, entraînant dans leur chute la suppression de milliers d’emplois, l’oubli de savoir-faire ancestraux, détruisant autant de vies au passage. Un théâtre qui ferme, c’est un siècle de tradition qui s’en va, vingt comédiens sur le trottoir, et Cyrano aux oubliettes.

Un monde d’après sans artistes

Il y a malheureusement plus inquiétant encore. Le monde d’après risque fort d’être un monde sans artistes. L’offre culturelle sera automatiquement réduite : pour un Opéra national qu’on sauvera, on déplorera de nombreuses autres salles fermées définitivement. Cette situation ne sera plus en mesure de permettre l’émergence de nouveaux talents. Qui osera choisir demain de monter sur les planches quand les comédiens d’aujourd’hui doivent chercher et cumuler des petits emplois précaires pour survivre ? Les écoles de danse, de théâtre ou de musiques sont fermées. Les troupes de théâtre amateur ont cessé toute activité. Les jeunes réalisateurs ne peuvent plus filmer et, demain, ne trouveront pas de financement. Les salles de spectacle et les producteurs, à bout de souffle, n’auront ni l’énergie ni les moyens de donner leur chance aux nouveaux dramaturges. Les petites maisons d’édition, asphyxiées, fermeront sans publier de jeunes auteurs.

Demain, il y aura toujours un premier violon. Mais trouvera-t-on encore un troisième, un quatrième ? Il y aura toujours des stars à l’écran. Mais qui leur donnera la réplique ? Il y aura toujours les émissions de Radio Classique. Mais qui enregistrera les concerts, qui organisera les festivals ?

Une situation dramatique et urgente

Le monde de l’art, à l’agonie, ne peut plus former ses jeunes générations. Dans ces conditions, la cavalerie n’arrivera jamais. Une société sans artistes indépendants, sans théâtres de quartier, sans orchestres populaires, sans créations nouvelles, nous n’en voulons pas. Les artistes doivent pouvoir vivre librement de leur profession, rémunérés par leur public, car l’art ne peut être uniquement soumis à une planification économique financée par le contribuable, artificielle et étouffante pour la création. Pour qu’un jour les rideaux se lèvent, que les orchestres s’accordent et que les pellicules tournent à nouveau, il faut agir vite, soutenir les artistes, susciter de nouvelles créations, ouvrir les conservatoires et les écoles d’art, et faire confiance aux producteurs et organisateurs de spectacles pour assurer les conditions de sécurité de la tenue des événements, puisque c’est justement le cœur de leur métier.

N’attendons pas qu’il soit trop tard pour prendre la mesure du drame humain, culturel et artistique qui se prépare en silence. Les jeunes privés d’éducation musicale, théâtrale, littéraire, chorale ou picturale, ne pouvant plus exprimer et développer leurs talents, sont les Depardieu de demain qu’on assassine aujourd’hui.

Ne laissez pas mourir vos artistes ! Sans eux, le monde continuera de tourner, mais son cœur cessera de battre.

Corentin Stemler


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5 commentaires sur “Tribune – Ne laissez pas mourir vos artistes !

  1. oui cela devient vraiment inquiétant. Je ne peux imaginer un monde sans culture, sans musique, sans théâtre … Quel monde triste ce serait !

  2. Tous dans la rue désobéissez et/ou forcez à ouvrir les salles ! Car et malheureusement les artistes se font rares à l’ouvrir…

  3. Découvert par hasard ce blog, merci pour cet article qui me touche tout particulièrement, étant moi même du métier.
    Si mon statut me protège pour le moment, je ne peux que constater l’effondrement de toute une partie de la culture qui ne laisse comme perspective qu’un ersatz de culture semblable aux productions d’un Ministère de la Vérité tel qu’on peut déjà en trouver.
    C’est pourtant, je le crois, dans les moments les plus difficiles que nous avons le plus besoin de culture pour nous évader.
    J’ose néanmoins garder l’espoir que l’art trouvera toujours sa voie pour s’exprimer…

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